Au temps de Pline, on appelait émeraudes toutes les pierres d’un beau vert pré. Celles d’Egypte, connues de toute l’antiquité, ont gardé leur nom. Les scythiques de Pline sont sans doute celles de Sibérie.
Le tanos est-il notre turquoise? Beaucoup sont évidemment des matières cuprifères (dioptase, chrysocolle), comme Théophraste nous en a prévenus. Les pyrites de cuivre irisées sont encore souvent qualifiées des épithètes gorge de pigeon, queue de paon. Enfin, un certain nombre des émeraudes des anciens devaient être des jaspes ou des verres colorés.
Béryl.
Le bêrullos des Grecs, beryllus des Latins est bien notre béryl.
Pline le décrit fort bien : aux yeux de beaucoup, les béryls ont la même nature que les émeraudes, ou leur ressemblent. Ils viennent presque tous de l’Inde.
Les plus estimés imitent le vert d’une mer transparente… Au dire de quelques-uns, ils ont naturellement leur forme hexaédrique…
Il est remarquable que dès les temps anciens on ait si bien rapproché l’un de l’autre le béryl et l’émeraude.
Topaze des Anciens.
Un des écrivains qui ont pris le pseudonyme d’Orphée et, plus tard, Agatharchide, ont dit des topazes qu’elles sont semblables au verre. Diodore ajoute qu’on y remarque en outre un reflet d’or étonnant.
Strabon les décrit comme pierres transparentes, ayant l’aspect et l’éclat de l’or. Elles provenaient, suivant le grand géographe, de l’île Ophiode, infestée de serpents et située derrière le golfe Immundus, non loin des mines d’émeraude, sur la côte d’Ethiopie.
Les rois d’Egypte entretenaient une troupe d’hommes destinés les uns à rechercher, les autres à garder les topazes. Pline attribue aussi à cette pierre une couleur verte, il nous apprend
qu’aucune n’était plus habilement contrefaite au moyen du verre, et que, seule parmi les pierres nobles, elle se laisse entamer par la lime et user par le frottement.
Pendant de longs siècles, les écrivains ont copié Pline à l’envi. Cardan fait cette observation fort juste dans son traité de Subtilitate ; Tout ce qu’on trouve dans Pline sur la topaze est vrai de notre chrysolithe car ce dernier ne résiste pas à la lime ; il a un certain éclat d’or, mais d’or impur ; il
tire sur le vert et peut se polir sur la roue d’étain à cause de son peu de dureté. On l’appelle pirodotus et les lapidaires répètent cet adage : c’est avoir trop de pirodot, que d’en avoir un .
Dès l’an 1200, on appelait peritot une pierre qui se montait en bague. En 1416, l’inventaire du duc de Berry mentionne une pierre appelée peridon.
Si on prend Pline et les anciens au pied de la lettre, leur topaze est notre péridot, car notre topaze n’a rien de vert. Plus tard, ce nom a passé à la pierre à laquelle nous le donnons aujourd’hui. Dès 680, saint Isidore, évêque de Séville, disait que cette pierre a la même couleur que le vin des Gaules, celui qui n’est pas rouge; en 1580.
Prase.
Théophraste dit que la Prasitis est une pierre de peu de valeur, dont la couleur ressemble à la rouille de Vairain. Pline distingue dans le prasius une variété qui repousse à cause de ses taches sanguinolentes, et place au-dessus de lui la chrysoprase qui rappelle aussi le suc du poireau, mais qui tire en même temps sur la couleur de l’or. Ces définitions s’appliquent aux pierres actuelles du même nom.
Jaspe.
Ce mot est d’origine orientale. En hébreu, on trouve le mot jaschcfah. Pline donne ce nom à des matières plus ou moins transparentes, vertes ou d’une autre couleur, qui sont nos agates.
Molochites.
La molochite, d’un vert plus épais, plus foncé que l’émeraude, a la couleur de la mauve (molochè, en grec). On l’appelle aujourd’hui malachite.
Callaïs.
Enfin, on pourrait citer la callaïs de Pline, pierre d’un vert pâle, très grande, fragile, spongieuse, pleine d’impuretés, sans valeur. On ne sait trop à quoi elle correspond. Est-ce à notre turquoise?